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Les Massois ont du talent

Les textes de Pierre Patry

 

Le petit chemin disparu

C’était un petit chemin de terre. Il serpentait à travers la plaine à l’écart des grandes villes. Des talus broussailleux, des arbres, des rochers le bordaient… Puis il partait se perdre quelque part parmi les ronces et la poussière. Exténué par tant d’immensité, il finissait par se dissoudre sous l’herbe rase et les cailloux, ainsi que s’effacent les morts invités par la nuit de la terre, un grand mystère de la disparition, car les chemins ont une vie, ils ont une histoire et un destin, comme les hommes. Et comme les hommes ils meurent un jour. Leur histoire est liée à celle des hommes qui les ont tracés, à tous ceux qui les ont parcourus. Et ils ont un cœur. Un cœur qui bat, tout résonnant des pas des marcheurs qui les foulent. Leur disparition leur advient lorsque tous les délaissent, les désertent, que nul ne se soucie plus d’eux. Leur cœur se tait quand se taisent les pas. Les chemins ont donc aussi une âme et ils ont une voix. Une voix très tenue qui se lève parfois et se met à chanter, au bord extrême du silence. Elle chante la voix des chemins, les amours, les chagrins et les joies de tous ceux qui les ont traversés et dont ils gardent la mémoire. Le petit chemin serpentait vers on ne sait quel infini. Ainsi s’écoulent les jours, dans la paix et le bon usage de la lenteur.

L’histoire nous dit que les cultures passées s’obstinent à survivre

La connaissance de ces petits villages et hameaux permet de découvrir des routes de toute beauté, des paysages magnifiques, des petites agglomérations où l’homme a vécu pendant des siècles, dans des conditions de vie souvent précaires, en autarcie presque complète.
Cette découverte devrait aider à mieux percevoir ce qu’est véritablement cette région de France, en réalité très méconnue puisqu’on ne parle en général que de la « Côte d’Azur », cette étroite bande de terre, en bordure de mer dominée par des collines et montagnes lointaines que l’on ignore ou que l’on ne côtoie qu’en parcourant les vallées pour atteindre les pistes de ski…
Que connaît-on, en effet, de ces paysages du Haut Pays, de ces chemins qui longent les montagnes. Que sait-on, surtout, de ses habitants qui y ont peiné pendant des générations, pour y vivre. La rareté de sols fertiles, les longues périodes de sécheresse alternant avec des précipitations, les terrains accidentés repoussent souvent la présence de l’habitat et des cultures. Autrefois, cette nature aux apparences généreuses n’était pas appréciée par les rudes paysans qui devaient se contenter d’une maigre portion de terrain au point de n’avoir jamais la certitude d’assurer la soudure alimentaire entre deux récoltes. Aussi, ne faut-il pas s’étonner de la désertification des campagnes ! Ces petits villages, qui sont-ils aujourd’hui, que deviendront-ils demain ? L’exode rural, la décroissance de la population étaient inéluctables devant les difficultés de survie, l’attrait des villes, du modernisme et des distractions, la recherche d’une amélioration des niveaux de vie… Bien sûr, on y était plus unis autrefois. Malgré les querelles, il existait une vraie camaraderie. On se donnait des coups de mains, on avait l’habitude de se réunir, de communiquer, de prendre du plaisir à se retrouver lors des veillées et des fêtes. En ce temps-là, la société était homogène. Mais il ne sert à rien de pleurer sur le passé. L’histoire nous dit que les cultures passées s’obstinent à survivre. Certains jeunes reviennent au pays, pendant les week-ends, restaurent des maisons anciennes, s’y installent pendant les vacances d’été, avec un besoin de retrouver leurs racines, loin de la vie artificielle de tous les jours. Ce Haut Pays ne doit pas être abandonné, il doit vivre grâce aux résidents qui y sont attachés, mais aussi grâce à ceux qui, en le visitant, apportent leur amitié, participent à leurs fêtes et qui s’y installeront peut-être un jour. Que souhaiter pour ces petits villages et hameaux ? Que la restauration des maisons anciennes, la construction de maisons nouvelles, d’auberges, de stations estivales, de fermes de séjour, de gîtes de randonnées, soient faites dans un souci de sauvegarde des normes traditionnelles, de conservation vivante du milieu rural d’antan, ce qui n’est pas toujours le cas. Que se confirme ou s’instaure la volonté de protéger le calme de la nature environnante.

Petite fleur couleur de France

Né dans la poussière
Sur le bord d’une ornière
Tu as failli être écrasé
Mais tu n’étais qu’à peine foulé.
Si tu avais été près d’un ruisseau
Je t’aurais offert quelques gouttes d’eau
Pour te donner un peu de fraîcheur
Et de ta fleur raviver la couleur.
Le bleu de ta fleur était merveilleux
Comme celui d’une fille aux beaux yeux
Petite fleur couleur de France
Chargée de souvenirs et d’espérance.
Fleur des amoureux timides
Regardant la vie de leurs yeux candides
Rêvant dans leurs cœurs pleins de bonheur
De voir ainsi fleurir la petite fleur.
Dans mon enfance
Ce bleu de France
Avec coquelicot et marguerite en bouquet
Fêtait le quatorze juillet.
Pauvre bleuet par les hommes condamné
Des terres et des blés chassé
Sur les bords du chemin maltraité
Tu vivotais là, pauvre réfugié.
Quand viendra le temps de ta graine
Que le vent t’emporte dans une plaine
Loin des hommes de ce monde
Dans un petit coin de terre fraîche et profonde.
Dans un vrai paradis avec un grand jardin
Pour pouvoir en paix y fleurir sans fin
Petite fleur d’un bel été chaleureux
Toi dont j’ai tant aimé les yeux.