Dessin de Paul Ganantchian

 

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Histoire de Macium

 

Cadastre napoléonien du Mas en 1836 (Cliquer sur la carte pour agrandir)

Archives départementales du Conseil-Général des Alpes-Maritimes

"Le Mas"
Le nom viendrait du bas latin et signifierait : habitation, maison de campagne (mais plusieurs autres hypothèses peuvent être envisagées : le toponyme « Le Mas » apparaît pour la première fois dans l’histoire au XIe siècle, sous la forme Maz. Il est alors qualifié de « territoire »). Dans le Cadastre de l’ancienne Monarchie, l’amassement était le corps de logis, ou encore un manse seigneurial (Le terme « mas », équivalent provençal du français « manse », désigne au Moyen-Age une unité d’exploitation de terre) était un domaine exploité directement par le seigneur pour ne citer que quelques exemples que donne André Compan dans un article sur l’origine du nom de village (Archives Historiques du Diocèse de Nice). Certains textes mentionnent l’existence d’un château dénommé « Rabacaul » qui n’a pas encore été localisé. Le territoire qui porte le nom Maz au XIe siècle est donc probablement habité. Les premières mentions du village datent de 1038 avec "Isnardo de Matio" (Cartulaire de Lérins, T., 31), en 1092, « Lajetus de Massio » est témoin de la donation faite par Abellon du quart de Briançonnet à l’abbaye de Lérins puis en 1159 avec « Aldebertus de Mazio » (Cartulaire de Lérins, I, 202). Vers 1200, nous retrouvons "Castrum de Macio". En 1252, sont mentionnés « Laugier du Mas » et son fils Lambert ; ce dernier détenait la seigneurie (et donc le château) du Mas, avant qu’elle ne lui soit confisquée pour meurtre par le Comte de Provence. Le Mas a été terre des Grimaldi de Beuil (1408), des Laugier (1484), des seigneurs des Ferres puis enfin de la Seignerie des Grasse-Bar du XIV au XVIième siècle. Du XIV au XVème siècle, la Seigneurie des Grasse-Bar fera ériger le château dont il reste quelques ruines au sommet qui domine au nord le village actuel en surplomb de la vallée de la Gironde, puis le fief passera aux Malofera, aux Caissoti et aux Claretti. Les Malofera (Claude et Georges) furent investis du fief d’Aiglun et de celui de Le Mas le 18 mars 1562, puis les Caissoti (Vincent et Barthélémy) leur rachetèrent Le Mas le 29 novembre 1584. Le village devient français en 1718 grâce au Traité de Paris du 4 avril qui mit le territoire en royaume de Louis XV. En 1728 le nom de Masio est de nouveau cité et ce n’est qu’en 1742 et 1760 que l’on retrouve le nom actuel de "Le Mas". Jusqu’en 1792, le village faisait partie de la viguerie de Grasse et du Diocèse de Glandèves (Entrevaux) bien qu’à partir de 1388, il fut placé sous la souveraineté de la Maison de Savoie lors de la « Dédition de Nice à la Savoie ». Le hameau des Sausses était indépendant jusqu’à la Révolution. La Révolution donna au village ses limites actuelles en réunissant les paroisses du Mas et des Sausses (vallée de la Gironde), plus les quartiers et lieux-dits des Tardons (route d’Aiglun à 5 km du centre-village), de la Clue (sur la montagne, à l’aplomb des Tardons) et de la Faye (au pied du col de Bleine)

Carte de cassini : la commune en 1750 (les routes de l'époque)
 
Le Mas en 1750

 

 

« Macium » qui vient du latin Mansus, possession agricole tenue par un seul paysan, puis regroupement de maisons. Matio en 1038, Macio en 1200.
Le Mas d’Aiglun acquiert au 13ème siècle une notable importance, où l’on note à cette époque la présence d’un nombre élevé de chevaliers. Lieu d’un grand pèlerinage dont l’église Tardo-Romane possédait une crypte, aujourd’hui comblée, où l’on vénérait la relique du chef de St Arnoux, évêque de Metz. Dans cette région, qui semble échapper à l’influence lombarde pour une sensibilité due davantage aux cisterciens et à leurs émules, on trouve, comme en Haute-Provence, une église Tardo-Romane à chevet plat, l’ordre de Chalais en est l’instigateur. Tout au long du 13ème siècle une prospérité croissante. Les Grasse-Bar en furent seigneurs du 14 au 16ème siècle avec comme voisins les grandes familles de Basse-Provence : Vintimille, Flotte, Villeneuve, Glandèves surtout, lesquelles poursuivent méthodiquement une expansion montagnarde, fondée sur une délicate stratégie d’implantation.
A partir de 1337, le Mas prospère et bien peuplé. Fut ravagé par des intempéries catastrophiques dont nous ne connaissons pas la nature, mais qui en peu de temps ruinèrent les communautés agricoles, décimées en 1352 par la grande peste. A ces malheurs imprévus vinrent bientôt s’ajouter les méfaits de la cruelle guerre civile provençale où les partis des Duras et des Angevins s’acharnèrent à ravager partout les possessions adverses.
A la fin de ce siècle, la situation de la vallée de l’Estéron était devenue tragique. La réaction irréfléchie des seigneurs et des créanciers de tout genre, qui profitèrent de l’occasion pour s’accaparer les terres, des paysans endettés, va acculer ceux-cià Une ruine totale. Dès lors commence, bien visible dans les archives, un rapide processus de paupérisation aux conséquences dramatiques. Le village se vide totalement des habitants. En proie à la famine, les uns abandonnent tout pour tenter de se réfugier en Basse-Provence. D’autres, par familles entières, sont réduits à la mendicité. Exode rural lourd de conséquence pour le peuple. L’évolution politique de la Provence-Orientale va achever ces désordres : en 1388, le Comté de Nice, jusque-là provençal, passe, grâce à la défection du Sénéchal Grimaldi, à la Maison de Savoie, à qui revient également la partie Est des vallées de l’Estéron, avec une large enclave qui englobe Le Mas. Dès lors, et pour près de cinq cent ans, Le Mas va devenir un pays frontalier entre la France et la maison de Savoie. Ce n’est qu’à la fin du 15ème siècle que ce village, maintenant séparé, commence à retrouver une partie de son ancienne prospérité. Dès le début, la Maison de Savoie, dans un esprit de sage politique, s’employa à préserver la langue, les usages et les privilèges des territoires annexés. Tout en créant un corps d’officiers chargé d’aider et de contrôler la bonne marche des communautés, dans le respect d’une réglementation minutieuse. Des institutions charitables nouvelles et fort utiles apparaissent dès le 15ème siècle, longtemps avant leur implantation en Provence, tels les Monts de Piété et les Monts Granatiques. Prêtant les uns de l’argent, les autres des semences de céréales, fondations grâce auxquelles les cultivateurs et les artisans pouvaient emprunter sans craindre, comme en Provence, les extorsions des usuriers. Le rattachement à la Maison de Savoie eut un autre avantage, celui de préserver cette région des guerres religieuses et guerres civiles qui déchirèrent sans cesse la Provence jusqu’à l’avènement d’Henri IV. Cette longue période de tranquillité, un moment troublée par la tragique mise à mort, au château de Tourrette-Revest, du dernier grand féodal niçois, Annibal Grimaldi, Comte de Beuil, fut mise à profit pour réparer les conséquences des désastres de la fin du Moyen-Age. Assombris seulement par les inévitables épidémies ? Notamment la redoutable peste de 1631. Ces temps paisibles et laborieux prirent fin avec l’avènement de deux souverains belliqueux et entreprenants : Louis XIV et Victor-Amédée II, dont l’opposition va entraîner de 1691 à 1713, la guerre, l’occupation du Comté de Nice par les Français et une première modification, la rétrocession du Mas à la France en 1718. Ces tribulations territoriales, si contraignantes pour la population, reprirent sous la Révolution. A la suite de l’occupation de la vallée par les troupes républicaines jusqu’en 1792. En fait, cette intégration à la France, si elle parut au début un progrès, valut à ce village plus de maux que de biens : le ravitaillement constant de l’armée, les incessantes réquisitions, la conscription, les impôts nouveaux apportèrent un surcroît de gêne, que l’Empire ne fit qu’aggraver en augmentant ces charges lourdes et impopulaires. Il rétablit aussi, dans son intégralité, et sans excès, le régime antérieur avec son archaïsme médiéval, ses servitudes traditionnelles et ses contraintes. La vallée de l’Estéron et le Val de Chanan fut la région la plus pauvre de France en 1860. Comme en 1360 pour la richesse d’une élite, exode progressif pour les 403 habitants en 1861. Les archives de la commune détruites en 1830, masquent la souffrance de ces contrées sauvages, pour devenir aujourd’hui un pays frontalier entre l’homme et son passé de paysan. Les pratiques de l’ancien temps y sont la norme avec la façon de célébrer la fête en Provence : pèlerinage, repas en commun, bals sur la place, concours de boules, rituel paysan, feux d’artifice. Malgré cette douceur de vivre à nos yeux, les gavots laissaient derrière eux leurs maisons vides et leurs champs à l’abandon, mais ils en conservaient bien souvent la propriété. En quittant le village pour s’installer sur la côte, les émigrants puis leur progéniture, continuaient de posséder dans ces montages, maisons et bouts de terrain. L’après-guerre a vu la situation changer sous la poussée des résidences secondaires. Des « parisiens » se portèrent acquéreurs, terrains et maisons changèrent de mains. Les héritiers des gavots se mirent, au lieu de vendre, à transformer, aux fins de résidences secondaires, pour leur propre usage, le patrimoine de leurs ancêtres jusque-là, laissé à l’abandon. Dernière trace de l’exode en 1939. Pour une raison mondiale, les derniers paysans abandonnent leurs champs mais leurs traces resteront pour toujours, comme leurs retours, gravés dans le marbre.

Ce texte d'un auteur inconnu nous a été aimablement remis par Cathy Raines, présidente de l'Association de Défense de l'Environnement de la Commune du Mas (ADECM)